Thérapie – 31 mai 2018

Dolutégravir: L’autorité européenne des médicaments et l’OMS incitent certaines femmes en âge de procréer à la prudence

Le Dolutégravir est un inhibiteur de l’intégrase fréquemment utilisé dans les traitements anti-VIH – en monosubstance dans le Tivicay, comme en traitement combiné dans le Triumeq. Dans une étude en cours au Botswana, il a été constaté une malformation congénitale chez quatre nourrissons nés de mères séropositives traitées par Dolutégravir. Cette observation n’a pas de précédent. De plus amples investigations sont menées actuellement. Jusqu’à obtention de leurs résultats, l’OMS et l’autorité européenne des médicaments incitent les femmes en âge de procréer – qui n’utilisent pas moyen de contraception, en particulier si elles veulent avoir un enfant – à la prudence si elles sont sous Dolutégravir. Il n’est pas demandé aux femmes concernées d’interrompre le traitement, mais de consulter leur médecin.

Que s’est-il passé?
11'560 femmes séropositives sous traitement anti-VIH et enceintes ont été inclues à une étude en cours au Botswana. 426 de ces femmes étaient traitées par Dolutégravir. Un spina bifida, une malformation congénitale, a été détecté chez quatre nouveau-nés, donnant une prévalence de 0.9%. 11'173 femmes prenant un autre traitement ont également accouché, chez les nourrissons desquelles la même malformation congénitale a été observée 14 fois, soit une fréquence de 0.1%.

Voilà pour les informations émanant des autorités. Les données des études révèlent quant à elles que les mères concernées étaient sous Dolutégravir au moment de la conception. Le signal n’a pas été observé chez les mères ayant été traitées par Dolutégravir pendant la grossesse.

Qu’est-ce que le spina bifida?
Le spina bifida est une malformation neuronale, du latin «épine fendue en deux», qui se développe généralement entre les troisième et quatrième semaines de grossesse.
Le tube neuronal est un stade précoce de développement du système nerveux central, donc du cerveau et de la moelle spinale et des tissus qui les entourent, tels qu’os, muscles ou tissu conjonctif. Il se forme à partir du 18e jour d’existence de l’embryon. Parmi les principaux facteurs de risque connu du spina bifida, une carence en acide folique ou une perturbation du métabolisme de l’acide folique durant la grossesse. L’acide folique est une vitamine B.

Que recommandent exactement les autorités?

  • Les femmes en âge de procréer traitées par Dolutégravir doivent opter pour une méthode contraceptive sûre.
  • Les femmes sous Dolutégravir souhaitant avoir un enfant doivent discuter de leur traitement avec leur médecin.
  • Les femmes enceintes sous Dolutégravir doivent consulter leur médecin. Elles ne doivent en aucun cas interrompre le traitement par Dolutégravir de leur propre chef, l’interruption étant potentiellement dangereuse pour la mère et l’enfant.
  • Les femmes tombant enceintes, pensant être enceintes ou planifiant une grossesse doivent impérativement consulter leur médecin et discuter de leur traitement anti-VIH.
  • Les femmes qui ont des questions sur les traitements anti-VIH ou les méthodes de contraception doivent s’adresser à leur médecin ou leur pharmacien.

L’étude suisse de cohorte VIH a de plus recommandé d’exclure toute grossesse possible chez les femmes avant d’initier une prophylaxie postexposition (PEP) par Dolutégravir. Les participants à l’étude Simpl’HIV reçoivent une information séparée.

Et maintenant?
Les autorités des médicaments à travers le monde1 mènent une étude approfondie des cas survenus. Swissmedic n’a pas encore publié d’information, mais devrait le faire sous peu. Le fabricant du produit est en contact avec les autorités. Leurs clarifications demandent du temps – un an peut s’écouler avant la publication d’informations précises. Il convient jusque là de respecter les mesures de sécurité recommandées. Les médecins de l’étude suisse de cohorte VIH et autres spécialistes du VIH sont informés.

Concernant la procédure
Les autorités traitent l’incident comme étant un signal de sécurité. Un signal de sécurité est une information sur un effet secondaire nouveau ou documenté seulement partiellement, sans doute provoqué par la prise d’un médicament et devant être clarifié. Swissmedic est en charge des clarifications pour la Suisse et travaille en lien direct avec l’Agence européenne des médicaments (EMA).

Que faire en cas d’effets secondaires?
Les patients qui constateraient de possibles effets secondaires doivent impérativement en faire part à leur médecin. Si la suspicion se confirme et que l’effet secondaire est gênant, le traitement doit être modifié. Les patients peuvent aussi signaler eux-mêmes d’éventuels effets secondaires, à la pharmacie ou directement à Swissmedic2. Si les patients choisissent de faire le signalement, leur médecin doit malgré tout être tenu informé du problème.

Communication EMA et OMS

 

David Haerry / 24 mai 2018

 

1L’institut suisse Swissmedic, l’EMA au niveau européen et les autorités américaines FDA

2https://www.swissmedic.ch/swissmedic/fr/home/medicaments-a-usage-humain/surveillance-du-marche/pharmacovigilance.html