SHCS – 29 mars 2019

L’arrêt du tabac et le risque de cancer chez les personnes infectées par le VIH

Shephard L. et al, Clinical Infectious Diseases Februar 2019

Le tabagisme nuit à la santé et augmente considérablement le risque du cancer du poumon. Nous ne disposons cependant que de peu d’informations sur l’effet du tabagisme sur le risque de cancer chez les séropositifs. Des études antérieures chez des personnes séronégatives ont de plus montré que le risque de cancer du poumon diminue fortement après environ cinq ans sans fumer. Il était jusqu’à présent incertain, si un tel laps de temps diminuait également le risque de cancer chez les séropositifs. Cette étude démontre que cela n’est pas valable pour les personnes séropositives.

Chez la population générale le tabagisme triple le taux de mortalité et le risque de cancer du poumon est considérablement augmenté. Des études dans la population en générale ont démontré que le risque du cancer diminue déjà après quelques années sans fumer. Les auteurs de cette étude ont analysé si c’était aussi valable pour les séropositifs. 35'442 séropositifs de différentes cohortes d’Europe (y compris des patients de l’Étude suisse de cohorte VIH), des États Unis et d’Australie ont été inclus dans cette étude. Au total ces patients ont été observés pendant plus de 300'000 patients-années, à partir de 2004 jusqu’à l’apparition d’un cancer ou au plus tard jusqu’à février 2016. Différents cancers ont été étudiés: cancer du poumon, cancers fréquents chez les fumeurs (par exemple cancer du pancréas, cancer du côlon) et des cancers qui n’ont pas typiquement un rapport avec le tabagisme. Les patients ont été divisés dans les groupes ‘fumeurs’, ‘ex-fumeurs’ et ‘non-fumeurs’. Il n’y avait pas d’informations sur la quantité de consommation ou la teneur en tabac des cigarettes et la consommation parallèle d’E-cigarettes ou de pipes.

Voici les résultats principaux:

  • Au début de l’étude 49% des participants étaient fumeurs, 21% ex-fumeurs et 30% non-fumeurs
  • Le cancer du poumon était pratiquement inexistant chez les non-fumeurs.
  • Pendant la première année après l’arrêt du tabac le risque du cancer du poumon était 20 fois supérieur chez les fumeurs à celui des non-fumeurs et est resté pendant les cinq années suivantes huit fois supérieur.
  • Après l’arrêt du tabac le risque de cancer du poumon persiste pendant plusieurs années au même niveau que celui des fumeurs.
  • En additionnant tous les types, les cancers apparaissent chez les fumeurs le plus fréquemment au cours de la première année après l’arrêt du tabac et étaient, pendant cette période, deux fois plus fréquents que chez les non-fumeurs.

En résumé, cette étude montre que le risque de cancer du poumon chez les séropositifs reste haut pendant plusieurs années après l’arrêt du tabac. Contrairement à la population séronégative en générale, un arrêt du tabac n’entraîne pas une diminution rapide du risque du cancer du poumon. De ce fait, il est important d’inciter les séropositifs à cesser de fumer et de développer des programmes qui soutiennent un arrêt du tabac. Parallèlement, il faut être conscient que le risque de développer un cancer du poumon persiste après l’arrêt du tabac.



Commentaire Conseil Positif

David Haerry

Plusieurs études ont déjà démontré l’effet préoccupant du tabagisme chez les personnes vivant avec le VIH. Jusqu’à aujourd’hui, nous ne comprenons pas pourquoi cet effet est plus fort que chez les fumeurs séronégatifs. Toutes les cliniques en Suisse essaient de motiver leurs patients VIH de cesser de fumer. L’hôpital universitaire de Genève a joué un rôle pionnier dans ces efforts. Cette nouvelle étude nous démontre que l’arrêt de tabac n’a qu’un effet retardé sur le risque de cancer chez les personnes séropositives. Cette nouvelle est particulièrement décevante, et nous espérons qu’elle n’aura pas de conséquences sur la motivation des patients d’arrêter de fumer.