SHCS – 30 novembre 2018

„L'empreinte de l'anticorps VIH-1".

Nature  

Kouyos RD et al, “L’empreinte digitale’ des anticorps VIH-1“,
Nature, EPub Sep 10 2018 

Seul peu de personnes infectées par le VIH-1 développent des anticorps dits «neutralisants à large spectre (bnAbs)» qui visent certaines structures du virus (antigènes) et de ce fait sont capables de neutraliser différentes variantes du virus. Les facteurs qui déterminent si une personne développe des bnAbs ou non ne sont pas connus. La contribution des caractéristiques du virus au développement ou non de ces anticorps est également peu connue. Il serait utile d’identifier les caractéristiques du virus responsables de la réponse immunitaire neutralisante à large spectre pour le développement d’un vaccin. Les auteurs ont analysé dans cet étude la réaction des anticorps d’un grand nombre de couples de transmission VIH potentiels qui participent à l’Etude suisse de cohorte VIH (SHCS). Ils ont trouvé que la souche VIH-1 déterminait en partie la largeur du spectre et la force de la réponse en anticorps.

Les auteurs ont émis l’hypothèse que si des facteurs viraux déterminent la qualité de la réaction en anticorps, les personnes infectées par des souches du virus d’une parenté proche développeraient une réaction de neutralisation semblable. Pour tester cette hypothèse ils ont identifié 303 paires de transmission basées sur la ressemblance des souches VIH. Ensuite ils ont testé l’efficacité de la réaction des anticorps à neutraliser 14 différentes souches de virus et à fixer 13 antigènes. Les auteurs parlent d’une «empreinte digitale» du virus infectant.

Effectivement, les couples de transmission potentiels avaient une empreinte digitale des anticorps plus semblable que les couples assemblés au hasard. Plus précisément le virus infectant détermine 13,2% de l’empreinte digitale neutralisante, ce qui confirme que le virus infectant peut marquer la force de neutralisation de la réponse en anticorps. Même en tenant compte des facteurs qui influencent le développement des bnAb comme la durée de l’infection et le sous-type VIH-1, la corrélation entre virus infectant et l’empreinte digitale de la neutralisation restait semblable.

Bien que la relation entre la génétique du virus et la neutralisation était statistiquement très significative, l’effet était plutôt faible, comparable à l’effet de la génétique du virus sur la diminution du taux de lymphocytes T auxiliaires chez une infection VIH sans traitement. Etonnamment les chercheurs ont trouvé un couple de transmission où les deux ont développé une réponse en anticorps neutralisants à large spectre («elite neutralisers») avec un modèle presque identique: ce couple a pratiquement pu neutraliser toutes les 42 sources VIH-1 du test. Ce cas montre qu’il existe des protéines d’enveloppe qui sont capables de susciter des bnAbs. C’est exactement ce dont un vaccin doit être capable. En vue de développer un vaccin contre le VIH, les chercheurs vont examiner la protéine d’enveloppe de ces «elite neutralisers».

En résumé, cette étude montre que des différences dans la génétique du VIH-1 ont une influence sur le développement d’une réponse en anticorps et que certaines souches de virus ont un réponse immunitaire neutralisante à large spectre indépendamment de l’individu. Une empreinte bnAb aussi forte est probablement rare, néanmoins les souches virales et les antigènes qui sont soumis à cet effet sont prédestinés pour le développement d’un vaccin.