Études – 13 juin 2017

Nouvelles données de l’étude suisse de cohorte VIH - Enquête Grindr: en Suisse, les gays utilisent déjà la PrEP - souvent sans suivi médical

Les gays ont aujourd’hui en Suisse une bien meilleure connaissance de la prophylaxie pré-exposition PrEP. C’est une bonne chose. Le problème: plus d’un cinquième des répondants à une rapide enquête effectuée via l’App de rencontre Grindr utilisent la PrEP sans accompagnement médical1. La dynamique de cette innovation a de toute évidence été très sous-estimée.

En Suisse, les utilisateurs de Grindr ont sans doute remarqué l’enquête sur la PrEP effectuée en janvier 2017. Elle a eu un écho inattendu: près de 2'500 hommes ont répondu à l’enquête en à peine 3 semaines. Une enquête d’acceptation menée auparavant sur d’autres canaux durant 16 mois n’avait généré que quelque 550 réponses (www.prepstudy.ch). Les connaissances et l’intérêt concernant la PrEP augmentent de toute évidence beaucoup plus vite que prévu.

Les principaux enseignements de cette dernière enquête:

  • 82 participants disent prendre actuellement une PrEP
  • Parmi eux, seuls 64 le font avec suivi médical
  • 7 de ces utilisateurs de la PrEP n’ont pas effectué de dépistage du VIH dans les 12 derniers mois
  • Près de la moitié des participants envisage une PrEP dans les 6 mois à venir, et presque 80 % projettent de l’utiliser un jour

Les signaux ne pourraient être plus évidents: les gays suisses ont une connaissance de plus en plus large de la PrEP et veulent l’utiliser. Beaucoup le font déjà, beaucoup plus encore le souhaitent. Les points d’inquiétudes sont le nombre d’hommes qui prennent un médicament soumis à ordonnance sans suivi adéquat et ceux qui utilisent la PrEP sans effectuer régulièrement de dépistage du VIH. L’enquête menée sur Grindr prouve toutefois aussi que cette plateforme permet d’atteindre sans souci le public cible.  

Reste à surmonter de nombreux obstacles si la Suisse veut elle aussi faire une utilisation pertinente de la PrEP. Il manque en premier lieu l’autorisation de l’organisme de contrôle des médicaments Swissmedic, respectivement un élargissement de l’accès thérapeutique actuel pour une utilisation à des fins préventives. Cela n’est possible que sur demande du fabricant, Gilead. Le peu d’intérêt qu’ils ont manifesté jusqu’ici s’explique en partie par la prochaine expiration de brevet. Une prescription ‘off label’ est certes possible en Suisse, mais il est beaucoup plus simple pour les médecins d’avoir une autorisation officielle.

Un obstacle important reste le prix, ou en l’occurrence l’absence de prise en charge des coûts d’une PrEP. Il est donc particulièrement choquant de se dire que seuls les plus hauts revenus peuvent se permettre une PrEP autofinancée. L’importation directe de médicaments par Internet ou de génériques achetés en Inde n’est en aucun cas la solution souhaitée. La PrEP est déjà remboursée en France, Ecosse, Norvège, Luxembourg, Belgique et au Portugal. Une étude est en cours en Angleterre, qui garantit presque à coup sûr la prise en charge. Le Brésil et Israël remboursent la PrEP ou le feront très prochainement.

Il faut ensuite mettre en place les infrastructures requises aux bons endroits. La PrEP doit être prescrite par un infectiologue, chargé ensuite d’en assurer le suivi. Les hommes souhaitant ou devant recourir à la PrEP n’entrent pas dans la catégorie des consultations VIH. On va généralement voir le médecin quand on a contracté une maladie sexuellement transmissible et qu’on s’en rend compte.

Il faut toutefois également parvenir à surmonter certains préjugés idéologiques. Il y a cinq ans, l’autorité américaine de contrôle des médicaments autorisait la PrEP en prévention contre le VIH. On s’échine depuis à établir la même chose en Suisse, sans grand succès à ce jour. Les recommandations de janvier 2016 de la CFSS peuvent, au mieux, être qualifiées de tièdes2. Pendant ce temps, voilà des années qu’on est face à des chiffres de nouvelles infections bien trop élevés chez les hommes gays et qu’on gaspille de l’argent dans des campagnes du type «Break-the-chains», dont l’inutilité est avérée.

Conclusion: si la Suisse a autrefois été un fer de lance dans la mise en œuvre de moyens novateurs de prévention du VIH, elle semble aujourd’hui sur le point de passer à côté du potentiel de la PrEP.

Je veux en savoir plus sur la PrEP – comment faire?

  1. Contacter un check point. Adresses à Bâle, Berne, Genève, Lausanne et Zurich disponibles sur www.mycheckpoint.ch
  2. Zurich, tous les jeudis de 17h00 à 19h00: prendre rendez-vous à la consultation PrEP de l’Hôpital universitaire de Zurich. http://www.infektiologie.usz.ch/unser_angebot/Seiten/default.aspx
  3. Prendre rendez-vous dans une consultation VIH, http://www.aids.ch/fr/vivre-avec-vih/conseil-information/specialistes-vih.php
  4. http://www.lovelazers.org/fr/

 

David Haerry / Juin 2017

 

1Hampel et al, “Assessing the need for a pre-exposure prophylaxis programme using the social media app Grindr" http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/hiv.12521/full

2https://www.bag.admin.ch/bag/de/home/das-bag/organisation/ausserparlamentarische-kommissionen/eidgenoessische-kommission-fuer-sexuelle-gesundheit-eksg.html